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Nous pouvons avoir accès à des centaines de partenaires potentiels. Mais qui avons-nous réellement envie de découvrir — et qui pourrait avoir envie de nous découvrir ?
Série · Les nouveaux défis de la rencontre en ligne · 4/5
Dans les trois premiers articles de cette série, nous avons observé trois transformations des rencontres en ligne.
a) Nous pouvons commencer à connaître quelqu’un sans être présents au même endroit ni au même moment.
b) Nous devons apprendre à vivre avec l’attente, l’incertitude et parfois la frustration.
c) Et nous pouvons commencer à construire une image de quelqu’un alors que nous disposons encore de très peu d’informations sur cette personne.
Mais chacun de ces phénomènes doit toujours être pensé dans les deux sens. Pendant que nous découvrons, attendons, interprétons ou imaginons l’autre, l’autre personne fait elle aussi l’expérience de la rencontre — avec son propre rythme, ses propres attentes et sa propre perception de nous.
À cela s’ajoute une autre transformation majeure des rencontres en ligne :
d) le nombre de personnes parmi lesquelles nous pouvons choisir — et par lesquelles nous pouvons être choisis.
Jamais probablement dans l’histoire des rencontres autant de partenaires potentiels n’ont été aussi facilement accessibles.
Intuitivement, cela devrait être une excellente nouvelle.
Plus nous avons de possibilités, plus nous devrions avoir de chances de rencontrer quelqu’un qui nous convient — et à qui nous convenons aussi.
Mais davantage de possibilités nous aident-elles réellement à mieux choisir — et à être choisis ?
Car une application peut nous montrer des centaines de profils.
Mais ces profils ne représentent pas des centaines de possibilités réelles.
Certaines personnes ne nous intéresseront pas.
D’autres ne s’intéresseront pas à nous.
Certaines chercheront une relation différente.
D’autres auront des contraintes de vie difficilement compatibles avec les nôtres.
Le nombre de personnes que nous pouvons voir n’est donc pas le nombre de personnes parmi lesquelles nous pouvons réellement choisir.
Une rencontre ne devient véritablement possible que lorsque deux intérêts commencent à se rencontrer.

Lorsque la prochaine possibilité est toujours disponible
Supposons qu’un profil nous intéresse.
Nous avons un match.
Nous échangeons quelques messages.
Peut-être avons-nous même déjà rencontré la personne.
Une question assez simple pourrait alors être :
Ai-je envie d’en savoir davantage sur cette personne ?
Nous n’avons pas besoin de savoir si elle est parfaite.
Nous devons simplement décider si ce que nous avons découvert nous donne envie d’une autre conversation ou d’une autre rencontre.
Et l’autre personne doit, de son côté, avoir suffisamment envie de nous découvrir pour faire le même choix.
Une possibilité ne se poursuit donc que si, à ce moment-là, deux personnes choisissent de continuer à se découvrir.
Mais sur une application, une autre possibilité reste constamment présente.
Le prochain profil.
Puis le suivant.
Et encore le suivant.
La question peut alors subtilement changer.
Elle n’est plus seulement :
« Ai-je envie de mieux connaître cette personne — et a-t-elle envie de mieux me connaître ? »
Elle peut devenir :
« Et si la prochaine personne me convenait encore mieux — et si je lui convenais davantage ? »
Ce sont deux manières très différentes d’envisager une rencontre.

Quand davantage de choix rend le choix plus difficile
Nous associons généralement le choix à la liberté.
Et avec raison.
Mais davantage de possibilités ne rendent pas toujours la décision plus facile.
Une expérience devenue célèbre, menée par les psychologues Sheena Iyengar et Mark Lepper, l’a illustré de manière étonnamment simple.
Dans un supermarché, des clients pouvaient découvrir une sélection de confitures.
À certains moments, 24 variétés étaient proposées.
À d’autres, seulement 6.
La grande sélection attirait davantage de personnes : environ 60 % des passants s’arrêtaient devant les 24 confitures, contre 40 % devant les 6.
Mais lorsqu’il s’agissait réellement d’acheter, le résultat s’inversait : près de 30 % des personnes confrontées au choix limité achetaient une confiture, contre environ 3 % dans la condition offrant 24 variétés.
Davantage de possibilités avaient donc suscité davantage d’intérêt — sans produire davantage de choix effectifs.
Et, comme nous le verrons un peu plus loin, un phénomène comparable a également été observé dans le choix de partenaires potentiels.
C’est cette tension que le psychologue américain Barry Schwartz popularisera quelques années plus tard dans son livre The Paradox of Choice: Why More Is Less.
Lorsque les possibilités deviennent très nombreuses, nous devons comparer davantage.
Nos attentes peuvent augmenter.
Après avoir choisi, nous pouvons plus facilement imaginer ce que nous aurions obtenu avec une autre option.
Et lorsque nous avons nous-mêmes été choisis, l’autre personne peut évidemment faire exactement la même chose.
Et si notre choix nous déçoit, une question supplémentaire apparaît :
« Parmi toutes les possibilités disponibles, pourquoi n’ai-je pas réussi à mieux choisir ? »
Une question que l’autre personne peut également se poser à notre sujet.
Le paradoxe n’est donc pas que le choix soit mauvais.
Il est plutôt que :
Plus de choix peut augmenter nos possibilités tout en rendant le choix lui-même plus difficile.

Chercher quelqu’un de bien — ou chercher le meilleur ?
Schwartz s’est également intéressé à une distinction importante dans notre manière de prendre des décisions.
Certaines personnes cherchent une option qui réponde suffisamment bien à ce qu’elles recherchent.
D’autres essaient davantage de trouver la meilleure option possible.
Appliquons cette distinction à une première rencontre.
Une personne peut se demander :
« Est-ce que j’ai suffisamment envie de revoir cette personne ? »
Une autre peut implicitement se demander :
« Parmi toutes les personnes que je pourrais rencontrer, est-ce vraiment la meilleure ? »
La première question permet de continuer à découvrir.
La seconde exige de comparer.
Et dans un environnement où les possibilités semblent presque infinies, cette comparaison ne peut jamais réellement être terminée.
Il pourrait toujours exister quelqu’un d’autre.
Un profil plus attirant.
Une personne habitant plus près.
Quelqu’un partageant davantage de nos intérêts.
Une conversation encore plus facile.
La recherche du meilleur peut donc rendre plus difficile la décision de donner du temps à quelqu’un qui est déjà suffisamment intéressant pour être découvert.
Mais là encore, nous ne sommes pas seuls à comparer. Pendant que nous nous demandons si cette personne est suffisamment intéressante pour continuer à la découvrir, elle peut se demander exactement la même chose à notre sujet.
Nous pouvons donc renoncer à une personne dans l’espoir d’en trouver une qui nous convienne davantage — mais nous pouvons aussi être la personne à laquelle quelqu’un renonce dans le même espoir.

Du paradoxe du choix au « rejection mind-set »
En 2019, quinze ans après la publication du livre de Schwartz, les chercheurs Tila Pronk et Jaap Denissen ont posé une question beaucoup plus spécifique :
Que se passe-t-il lorsque cette abondance de choix entre dans le domaine des rencontres en ligne ?
Le titre de leur étude résume déjà leur hypothèse :
A Rejection Mind-Set: Choice Overload in Online Dating.
Au cours de trois études, les participants évaluaient successivement des partenaires potentiels dans des situations de rencontre en ligne.
Le résultat est particulièrement intéressant.
À mesure que les participants examinaient davantage de profils, ils devenaient progressivement plus susceptibles de rejeter les profils suivants.
Sur l’ensemble des trois études, les chercheurs observent en moyenne une diminution d’environ 27 % de la probabilité d’accepter un partenaire potentiel entre la première et la dernière option présentée.
Ils parlent d’un rejection mind-set.
Autrement dit :
Plus nous passons de temps à choisir, plus rejeter peut devenir notre mode de décision dominant.
Ce n’est donc plus seulement la qualité d’un profil particulier qui compte.
Le processus de sélection lui-même peut commencer à modifier notre manière de regarder les personnes suivantes.
Mais sur une application de rencontre, nous ne sommes pas seulement ceux qui choisissent.
Nous faisons nous-mêmes partie des possibilités que d’autres personnes évaluent.
Pendant que nous examinons leurs profils, elles peuvent examiner le nôtre, poursuivre une autre conversation ou décider de rencontrer quelqu’un d’autre.
Le processus de sélection ne se déroule donc jamais dans un seul sens.
Nous ne cherchons plus seulement quelqu’un. Nous comparons.
Imaginons une personne intéressante.
La conversation est agréable. Nous partageons certaines valeurs. Mais elle habite à quarante minutes.
Le profil suivant habite à dix minutes.
Un autre semble plus attirant.
Un autre encore partage davantage de nos intérêts.
Aucune de ces observations n’est irrationnelle. Nous avons évidemment le droit d’avoir des préférences.
Mais :
chaque nouvelle possibilité crée une nouvelle comparaison.
Et lorsque les possibilités semblent presque infinies, une imperfection peut prendre une signification différente :
Pourquoi l’accepter maintenant si une nouvelle possibilité apparaît dans quelques secondes ?
Une personne réelle possède un désavantage
Il existe ici une asymétrie assez remarquable.
Une personne que nous avons déjà rencontrée est réelle.
Nous connaissons certaines de ses qualités.
Mais aussi certaines de ses limites.
Elle parle peut-être un peu trop.
Elle est parfois hésitante.
Son humour ne fonctionne pas toujours.
Elle possède une habitude qui nous agace légèrement.
Le prochain profil, lui, possède un avantage extraordinaire :
il n’a encore eu aucune occasion de nous décevoir.
Nous ne connaissons pas encore ses habitudes.
Ses contradictions.
Ses mauvais jours.
Ses petites imperfections.
Il existe encore principalement sous forme de possibilité.
Et une possibilité peut facilement paraître plus parfaite qu’une personne réelle.
La personne que nous connaissons déjà doit alors rivaliser avec quelqu’un qui n’existe encore que dans notre imagination.
Cela rejoint directement ce que nous avons observé dans l’article précédent sur l’idéalisation.
Mais ici, le phénomène se reproduit à chaque nouveau profil.
Les relations sont pourtant faites de personnes imparfaites
C’est ici que la logique de la sélection peut entrer en conflit avec celle d’une relation.
Un profil peut être comparé à un autre profil.
Une personne réelle est plus difficile à comparer.
Parce que beaucoup des qualités qui deviennent importantes dans une relation ne sont pas immédiatement visibles.
La confiance.
La gentillesse dans les moments difficiles.
La capacité à écouter.
La fiabilité.
La manière de gérer un désaccord.
Le sentiment de pouvoir être soi-même avec quelqu’un.
Beaucoup de ces qualités ne peuvent être correctement évaluées avant d’avoir passé du temps ensemble.
Nous devons donc prendre une décision étrange :
donner du temps à quelqu’un avant de savoir si ce temps en vaudra la peine.
C’est précisément ce que la sélection permanente peut rendre difficile.
Chercher et découvrir sont deux activités différentes
Une application de rencontre est extrêmement efficace pour une activité :
chercher.
Encore un profil.
Encore une possibilité.
Encore une comparaison.
Mais découvrir une personne — et lui permettre de nous découvrir — exige une autre activité :
rester suffisamment longtemps.
Parler.
Écouter.
Se revoir.
Être parfois surpris.
Découvrir chez l’autre — et lui permettre de découvrir chez nous — quelque chose qu’un profil ne pouvait pas montrer.
Cela ne signifie évidemment pas qu’il faut poursuivre une rencontre qui ne nous intéresse pas.
La question est différente :
À quel moment avons-nous suffisamment de raisons de dire oui à une rencontre supplémentaire, même si nous ne savons pas encore où elle mènera ?
Une petite décision devient une grande décision
Après une première rencontre, nous ne pouvons généralement pas répondre sérieusement à la question :
« Est-ce la bonne personne pour moi ? »
Nous ne la connaissons pas suffisamment.
Nous pouvons répondre à une question beaucoup plus modeste :
« Ai-je envie de revoir cette personne — et a-t-elle envie de me revoir ? »
Cette décision ne signifie pas :
Nous nous choisissons.
Elle signifie simplement :
Ce que nous avons découvert l’un de l’autre nous intéresse suffisamment pour avoir envie d’en découvrir davantage.
Mais une grande quantité d’alternatives peut nous pousser à transformer cette petite décision en quelque chose de beaucoup plus exigeant.
Est-elle suffisamment attirante ?
Est-il suffisamment intéressant ?
Sommes-nous suffisamment compatibles ?
Est-ce que je ressens suffisamment ?
Existe-t-il quelqu’un de mieux ?
Et pendant que nous nous posons toutes ces questions, l’autre personne peut se poser les mêmes à notre sujet.
Nous essayons alors de répondre, avant d’avoir réellement appris à connaître la personne, à une question à laquelle seules plusieurs rencontres pourraient peut-être répondre.
Et l’autre personne peut se trouver exactement dans la même situation.
Et c’est peut-être aussi ainsi que le rejection mind-set commence à influencer la rencontre : non pas parce que nous nous convenons nécessairement moins, mais parce que chacun peut progressivement s’habituer à chercher une raison de continuer vers la possibilité suivante.
Choisir ne suffit pas : il faut que deux choix se rencontrent
Une personne peut correspondre à presque tous nos critères et pourtant ne pas constituer une possibilité réelle.
Elle peut ne pas être attirée par nous.
Chercher autre chose.
Ne pas être disponible pour le même type de relation.
Ou simplement ne pas ressentir cette curiosité qui lui donnerait envie de nous revoir.
Inversement, quelqu’un qui ne correspondait pas parfaitement à notre représentation initiale peut devenir beaucoup plus intéressant lorsque nous découvrons que l’attention, la curiosité et l’envie de se revoir sont réciproques.
Dans une rencontre, une possibilité ne dépend donc pas seulement de la manière dont une personne correspond à nos critères. Elle dépend aussi de ce qui devient possible entre nous.
Nous ne cherchons pas simplement quelqu’un que nous pouvons choisir. Nous cherchons quelqu’un avec qui l’envie de continuer peut exister des deux côtés.
Mais pour qui pouvons-nous être une possibilité ?
Lorsque nous regardons de nombreux profils, il est facile de rester dans la position de celui qui évalue.
Cette personne me plaît-elle ?
Correspond-elle à ce que je recherche ?
Ai-je envie de la revoir ?
Mais nous faisons nous-mêmes partie de ce que l’autre découvre.
Cela nous invite à retourner le regard :
Qu’est-ce que j’apporte moi-même à une relation ?
Qu’est-ce qui, dans ma manière de vivre, d’aimer, de communiquer ou de construire une relation, pourrait donner envie à quelqu’un de me découvrir davantage ?
Et surtout :
pour qui ?
Car être intéressant ne signifie pas être intéressant pour tout le monde.
Une vie très indépendante pourra séduire certaines personnes et en décourager d’autres.
Une carrière particulièrement exigeante pourra être parfaitement comprise par quelqu’un qui vit de manière similaire — et difficilement compatible avec une personne qui souhaite partager beaucoup de temps au quotidien.
Une passion qui occupe plusieurs soirées ou plusieurs week-ends pourra sembler merveilleuse à quelqu’un qui partage ce besoin de liberté, et beaucoup moins à quelqu’un qui imagine autrement la vie à deux.
Nos caractéristiques ne sont donc pas simplement des qualités ou des défauts.
Une grande partie de leur valeur dépend aussi de la personne qui les rencontre.
La question n’est alors peut-être pas :
« Suis-je suffisamment intéressant pour être choisi ? »
mais plutôt :
« Pour quelles personnes ce que je suis, ce que je souhaite et la manière dont je vis pourraient-ils réellement compter ? »
Et cela conduit à une autre question :
Est-ce que je montre suffisamment qui je suis pour permettre à ces personnes de me reconnaître ?
Le coût invisible de la prochaine possibilité
Le prochain profil semble presque gratuit.
Mais il possède un coût que nous voyons moins facilement :
l’attention que nous ne donnons plus à la personne présente.
Lorsque nous continuons à comparer, une personne que nous avons déjà commencé à découvrir doit rivaliser non seulement avec d’autres personnes réelles, mais avec toutes les possibilités encore inconnues.
Et exactement la même chose peut se produire de son côté.
Pendant que nous nous demandons ce que la prochaine possibilité pourrait nous apporter, l’autre personne peut elle aussi continuer à regarder ailleurs.
Davantage de possibilités peuvent effectivement augmenter nos chances de rencontrer quelqu’un qui nous correspond.
Mais elles peuvent aussi rendre plus difficile le fait de donner suffisamment d’attention à une possibilité qui commence réellement à exister entre deux personnes.
C’est peut-être l’une des tensions centrales des rencontres modernes :
Nous avons besoin de possibilités pour rencontrer.
Mais nous avons besoin d’attention pour nous découvrir — et de réciprocité pour qu’une relation puisse commencer.
Pourquoi est-ce important pour vous ?
Parce qu’avoir davantage de choix et bien choisir ne sont pas la même chose.
Et plus les possibilités deviennent nombreuses, plus une question devient importante :
Savons-nous réellement selon quels critères nous voulons choisir ?
Certains critères peuvent avoir des conséquences très concrètes sur une vie à deux.
La place de la famille et des enfants dans la vie que nous souhaitons construire.
Des horaires de travail particulièrement exigeants ou des périodes régulières de forte pression professionnelle.
Le temps et la liberté nécessaires pour une passion qui occupe une place importante dans notre vie.
Des responsabilités envers des enfants, des parents ou d’autres proches dont nous devons prendre soin.
Ces réalités ne nous disent pas si nous allons tomber amoureux de quelqu’un.
Mais elles peuvent nous aider à distinguer ce qui compte réellement pour la vie que nous souhaitons construire de ce qui constitue simplement une préférence.
Et cette distinction devient particulièrement précieuse lorsque les possibilités se multiplient.
Car sans critères suffisamment clairs, la comparaison peut facilement se déplacer d’un profil à l’autre :
cette personne est plus attirante, une autre habite plus près, une troisième partage davantage de nos loisirs, une quatrième exerce un métier qui nous plaît davantage.
Chaque nouveau profil peut alors introduire une nouvelle raison de préférer quelqu’un d’autre.
Mais connaître ses principaux critères ne suffit peut-être pas.
Il faut aussi parfois les interroger.
Car les applications rendent certaines caractéristiques particulièrement faciles à voir et à comparer : l’âge, la distance, les photographies, la profession, les loisirs.
Or :
ce qui est facile à comparer n’est pas nécessairement ce qui sera le plus important dans une relation.
La fiabilité, la générosité, la manière d’écouter, la capacité à traverser un désaccord ou simplement le sentiment d’être bien ensemble sont beaucoup plus difficiles à évaluer sur un profil.
Connaître ses critères ne signifie donc pas construire une liste toujours plus longue et plus précise.
Cela peut signifier exactement l’inverse :
identifier les quelques critères qui comptent réellement, comprendre pourquoi ils comptent — puis laisser suffisamment de place à la découverte de ce qu’un profil ne permet pas encore de connaître.
Et au lieu de demander :
« Existe-t-il quelqu’un de mieux ? »
nous pouvons alors nous demander :
« Cette personne correspond-elle à ce qui compte vraiment pour moi — est-ce que ce que je suis pourrait aussi compter pour elle — et avons-nous tous les deux envie d’en découvrir davantage ? »
Ce que nous pouvons retenir
L’abondance de choix est l’une des grandes forces des rencontres en ligne. Elle nous donne accès à des personnes que nous n’aurions peut-être jamais rencontrées autrement.
Mais elle transforme aussi notre manière de choisir, d’être choisis — et de nous découvrir.
- Davantage de possibilités ne rend pas nécessairement le choix plus facile. Lorsque les options se multiplient, comparer et décider peuvent devenir plus difficiles — pour nous comme pour les personnes qui nous découvrent.
- Choisir de manière répétée peut modifier notre regard. Les recherches sur le rejection mind-set suggèrent qu’à mesure que nous examinons davantage de partenaires potentiels, nous pouvons devenir progressivement plus enclins à rejeter les suivants. Et nous faisons nous-mêmes partie des possibilités que d’autres personnes évaluent.
- Une nouvelle possibilité possède un avantage sur une personne réelle : elle n’a pas encore eu l’occasion de nous décevoir. Lorsque chacun peut continuer à chercher, il peut devenir plus difficile de donner suffisamment d’attention à une rencontre qui a déjà commencé.
- Chercher et se découvrir sont deux activités différentes. Les applications peuvent être remarquablement efficaces pour créer des possibilités. Mais découvrir quelqu’un — et lui permettre de nous découvrir — demande du temps, de l’attention et parfois plusieurs rencontres.
- Une possibilité réelle ne dépend pas seulement de nos critères. Elle dépend aussi de ce que chacun découvre chez l’autre — et de l’envie des deux côtés de continuer cette découverte.
- Plus le choix est grand, plus il devient important de connaître ses principaux critères — et de les interroger. Ce qui est facile à comparer sur un profil n’est pas nécessairement ce qui comptera le plus dans une relation.
Peut-être que mieux rencontrer ne signifie donc pas chercher toujours plus précisément parmi toujours plus de personnes.
Cela peut aussi signifier :
savoir ce qui compte réellement pour nous, comprendre ce que nous pouvons nous-mêmes apporter à une relation, reconnaître pour qui cela pourrait compter — puis donner suffisamment d’attention à une rencontre pour découvrir si l’envie de continuer existe des deux côtés.
Dans le dernier article
Nous avons maintenant exploré quatre transformations des rencontres en ligne : le temps, l’attente, l’image que nous construisons de l’autre et l’abondance du choix.
Mais une question reste ouverte :
quelle manière de rencontrer quelqu’un nous donne réellement les meilleures chances — non seulement de nous trouver, mais aussi de nous découvrir ?
Dans le dernier article de cette série, nous regarderons où les couples se rencontrent aujourd’hui — mais surtout pourquoi la meilleure manière de rencontrer quelqu’un n’est peut-être pas la même pour tout le monde.
Quelle manière de rencontrer vous donne réellement les meilleures chances ?
📚 Sources et ressources
Sheena S. Iyengar & Mark R. Lepper (2000) — When Choice Is Demotivating: Can One Desire Too Much of a Good Thing?, Journal of Personality and Social Psychology, 79(6), 995–1006. DOI: 10.1037/0022-3514.79.6.995.
Barry Schwartz (2004) — The Paradox of Choice: Why More Is Less, Ecco.
Tila M. Pronk & Jaap J. A. Denissen (2020) — A Rejection Mind-Set: Choice Overload in Online Dating, Social Psychological and Personality Science, 11(3), 388–396. DOI: 10.1177/1948550619866189. Article publié en ligne le 21 août 2019 ; numéro paru en avril 2020.
Editorial Note
Édité par Felix Schürholz
Les articles publiés dans Avant la rencontre sont fondés sur des recherches scientifiques, une réflexion personnelle et une rédaction éditoriale réalisée par Felix Schürholz avec l’aide d’outils d’intelligence artificielle lorsque ceux-ci permettent d’améliorer la qualité de la recherche, de la structure ou de la formulation.
Les idées, le choix des sources et l’orientation éditoriale reflètent la philosophie de Rencontres Sur Place.
Avant la rencontre
Avant la rencontre est une collection d’essais consacrée à ce qui précède les grandes rencontres de la vie.
Nous y explorons les recherches scientifiques, les expériences humaines et les idées qui invitent à une préparation plus consciente, plus libre et plus authentique.
La rubrique Actualités & Tendances examine plus particulièrement les évolutions contemporaines de la rencontre : applications, nouveaux comportements, technologies et transformations de nos façons d’entrer en relation.
Parce que certaines rencontres commencent bien avant le premier regard.