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Patience, rythmes différents, espoir et incertitude : pourquoi deux personnes peuvent vivre la même rencontre de manière très différente.
Série · Les nouveaux défis de la rencontre en ligne · 2/5
Dans le premier article de cette série, nous avons vu que les applications de rencontre ne changent pas seulement les personnes que nous pouvons rencontrer.
Elles changent aussi la manière dont une rencontre commence.
Un contact peut naître en quelques secondes.
Une conversation peut commencer le soir même.
Un sentiment de proximité peut apparaître quelques jours plus tard.
Mais une relation ne se construit pas à cette vitesse.
Elle demande du temps.
Et c’est précisément là qu’apparaît un deuxième défi :
Nous ne vivons pas tous ce temps de la même manière.
Un match n’est pas encore une conversation.
Une conversation n’est pas encore une rencontre.
Une rencontre n’est pas encore une relation.
Mais surtout, deux personnes ne donnent pas nécessairement la même importance à chacune de ces étapes.
L’une peut avoir le sentiment que quelque chose commence.
L’autre peut penser qu’elles sont simplement en train de faire connaissance.
Deux personnes peuvent ainsi vivre exactement les mêmes échanges — sans avoir le sentiment d’être arrivées au même point.

L’espoir peut naître très vite
Il suffit parfois de peu.
Un profil nous plaît.
Le match apparaît.
Quelques messages sont échangés.
La conversation semble facile.
Nous découvrons des intérêts communs.
Peut-être attendons-nous déjà avec plaisir le prochain message.
Il ne s’est encore presque rien passé.
Et pourtant, quelque chose a commencé :
une possibilité est devenue imaginable.
C’est l’une des forces des applications de rencontre.
Elles créent continuellement de nouvelles possibilités.
Mais une possibilité n’est pas encore un engagement.
Et surtout, elle ne prend pas nécessairement la même importance pour les deux personnes au même moment.
Pour l’une, cette conversation est peut-être déjà devenue particulière.
Pour l’autre, elle reste une rencontre possible parmi d’autres.
Personne n’a nécessairement fait quelque chose de mal.
Mais les deux personnes commencent déjà à avancer à des vitesses différentes.

Nous n’avons pas tous le même rythme
Les différences apparaissent parfois très tôt.
Une personne souhaite téléphoner après quelques messages.
L’autre préfère continuer à écrire.
L’une trouve naturel d’échanger chaque jour.
L’autre peut rester deux jours sans écrire sans avoir le sentiment que quelque chose a changé.
Après une première rencontre, l’une aimerait immédiatement en organiser une deuxième.
L’autre souhaite d’abord prendre le temps de comprendre ce qu’elle a ressenti.
Ces différences peuvent dépendre de notre personnalité, de nos expériences précédentes, de notre disponibilité ou simplement de notre manière d’entrer en relation.
Et le moment auquel nous reprenons contact peut lui-même influencer la manière dont notre intérêt est perçu.

Une étude récente de Lars Teichmann et ses collègues s’est intéressée précisément à ce qui se passe après un premier rendez-vous.
Dans une expérience menée auprès de 543 participants, les chercheurs ont comparé trois moments pour envoyer un message après cette première rencontre : immédiatement après, le lendemain matin ou deux jours plus tard.
Les intentions relationnelles étaient les plus élevées lorsque le message arrivait le lendemain matin. La perception de la réciprocité et de la fiabilité contribuait notamment à expliquer cet effet.
Le résultat est intéressant parce qu’il montre que le temps n’est pas seulement quelque chose qui passe entre deux rencontres.
Le moment où nous communiquons peut lui-même devenir un signal d’intérêt.
Mais ce signal n’est pas nécessairement interprété de la même manière par chacun.
Deux personnes peuvent s’intéresser sincèrement l’une à l’autre — et pourtant vivre la même rencontre à des vitesses très différentes.
C’est une distinction importante.
Le plus rapide n’est pas nécessairement trop impatient.
Le plus lent n’est pas nécessairement indécis ou peu intéressé.
Mais lorsque leurs rythmes diffèrent, chacun peut commencer à interpréter le comportement de l’autre à partir de son propre rythme.
Et c’est là que la frustration peut commencer.

Avançons-nous vraiment ?
Les psychologues Charles Carver et Michael Scheier ont développé un modèle de l’autorégulation qui permet d’éclairer une autre dimension de cette expérience.
Lorsque nous poursuivons un objectif, nous ne réagissons pas seulement au fait de l’avoir atteint ou non.
La manière dont nous percevons notre progression compte également.
Lorsque nous avons le sentiment d’avancer suffisamment, des émotions positives peuvent apparaître.
Lorsque notre progression nous semble trop lente ou interrompue, des émotions négatives peuvent se développer.
Cette idée devient particulièrement intéressante dans le contexte des rencontres en ligne.
L’objectif peut être important :
rencontrer quelqu’un avec qui construire une relation.
Mais qu’est-ce qui constitue réellement un progrès ?
Un match ?
Une longue conversation ?
Un numéro de téléphone échangé ?
Un appel ?
Un premier rendez-vous ?
Un deuxième ?
Les applications peuvent produire beaucoup de signes qui ressemblent à une progression sans que nous sachions encore s’ils conduisent réellement vers une relation.

Nous pouvons avoir le sentiment d’avancer sans savoir encore si nous allons quelque part ensemble.
Et deux personnes peuvent interpréter exactement la même progression de manière différente.
Après dix jours de messages et un long appel, l’une peut penser :
Il se passe quelque chose entre nous.
L’autre :
Nous commençons à peine à faire connaissance.
Les faits sont les mêmes.
La signification qu’elles leur donnent ne l’est pas.
Lorsque les rythmes commencent à agir l’un sur l’autre
C’est ici que la différence de vitesse peut devenir une dynamique entre deux personnes.
Imaginons que l’une ait le sentiment que la relation n’avance plus assez vite.
Elle écrit davantage.
Elle cherche à savoir ce que l’autre pense.
Elle propose une rencontre.
Pour elle, ce comportement peut simplement être une manière de réduire l’incertitude.
Mais l’autre personne peut vivre exactement ces mêmes initiatives comme une accélération.
Elle a besoin de davantage de temps.
Elle répond moins vite.
Elle prend un peu de distance.
La première personne observe cette distance.
Elle peut y voir une perte d’intérêt.
Son incertitude augmente.
Elle cherche peut-être encore davantage de clarté.
Et ce besoin de clarté peut à son tour être vécu comme davantage de pression.
Personne n’a nécessairement voulu créer cette situation.
Pourtant, leurs réactions commencent à s’alimenter mutuellement.
Une différence de rythme peut devenir une différence de perception — puis une source de frustration pour les deux.
Beaucoup de commencements, peu de certitudes
À cette difficulté s’ajoute une particularité des rencontres en ligne : le nombre de commencements possibles.
Un match.
Quelques messages.
Une conversation plus longue.
Un appel.
Un rendez-vous.
À chacune de ces étapes, nous pouvons avoir le sentiment d’avancer.
Mais chacune peut aussi être la dernière.
La conversation ralentit.
Quelqu’un disparaît.
Un rendez-vous n’est jamais proposé.
Ou une première rencontre agréable n’est pas suivie d’une deuxième.
Pris séparément, aucun de ces événements n’est nécessairement très important.
Mais lorsqu’ils se répètent, leur effet peut s’accumuler.
La frustration ne vient pas toujours d’une grande déception. Elle peut naître d’une succession de petites attentes qui n’aboutissent pas.
Et cette répétition peut progressivement modifier notre manière d’aborder la prochaine rencontre.
Celui qui attend et celui qui fait attendre
Il est facile de regarder cette frustration uniquement depuis notre propre perspective.
Nous avons envoyé un message.
La réponse tarde.
Nous avons proposé une rencontre.
L’autre reste vague.
Nous avons passé un bon moment.
Puis plus rien.
Mais les applications créent une situation particulière :
nous pouvons occuper plusieurs rôles presque simultanément.
Nous attendons peut-être la réponse d’une personne.
Pendant ce temps, quelqu’un d’autre attend la nôtre.
Nous espérons qu’une conversation continue.
Mais nous en laissons peut-être une autre s’éteindre.
Nous sommes déçus lorsqu’une personne ne souhaite pas nous revoir.
Quelques jours plus tard, nous devons peut-être annoncer exactement la même chose à quelqu’un d’autre.
Et même lorsque deux personnes restent intéressées, leurs rythmes peuvent faire que chacune frustre involontairement l’autre.
C’est pourquoi l’une des réalités les plus inconfortables de la rencontre en ligne est aussi l’une des plus importantes à reconnaître :
Chacun peut devenir à la fois celui qui subit la frustration et celui qui la transmet.
Cela ne signifie pas que tous les comportements se valent.
La politesse, la clarté et le respect restent importants.
Mais toute frustration n’est pas nécessairement la conséquence d’un mauvais comportement.
Elle peut aussi naître de deux personnes sincères qui n’avancent simplement pas au même rythme — ou qui ne donnent pas la même signification à leur progression.
La patience peut-elle s’épuiser ?
Au début, chaque nouveau contact peut sembler prometteur.
Nous sommes curieux.
Ouverts.
Prêts à recommencer.
Mais après plusieurs conversations interrompues, plusieurs attentes ou plusieurs rencontres sans suite, quelque chose peut changer.
Nous pouvons devenir plus prudents.
Répondre avec moins d’enthousiasme.
Investir moins rapidement.
Nous protéger davantage.
Cela peut être une réaction compréhensible.
Mais un paradoxe apparaît alors :
Les expériences qui nous apprennent à nous protéger peuvent aussi rendre plus difficile l’ouverture nécessaire à une nouvelle rencontre.
La personne qui arrive aujourd’hui n’est pourtant pas responsable des déceptions d’hier.
Et néanmoins, elle peut rencontrer une version de nous qui en porte déjà les traces.
Pourquoi est-ce important pour vous ?
La patience dans les rencontres en ligne ne signifie pas attendre indéfiniment.
Elle ne signifie pas non plus devoir adopter le rythme de l’autre.
Elle consiste d’abord à reconnaître que deux personnes peuvent avoir des manières très différentes de vivre le temps, l’incertitude et la progression d’une rencontre.
Cela peut notamment signifier :
- distinguer une possibilité d’une relation déjà en construction ;
- observer non seulement notre niveau d’investissement, mais aussi la vitesse à laquelle il augmente ;
- ne pas supposer automatiquement qu’un rythme plus lent signifie un manque d’intérêt ;
- reconnaître qu’un rythme plus rapide peut être vécu par l’autre comme une pression, même lorsque ce n’est pas notre intention ;
- communiquer aussi clairement que possible lorsque nos attentes ou notre intérêt changent ;
- reconnaître quand les expériences précédentes commencent à diminuer notre curiosité ou notre disponibilité.
Et peut-être surtout :
Ne pas confondre notre propre rythme avec le rythme auquel une rencontre devrait se développer.
Deux personnes n’ont pas besoin d’avancer exactement à la même vitesse à chaque instant.
Mais pour qu’une relation puisse se construire, elles devront tôt ou tard découvrir si leurs rythmes peuvent se rencontrer.
La frustration ne disparaîtra probablement jamais complètement de la rencontre.
Toute rencontre importante comporte un risque.
Mais les environnements numériques multiplient les possibilités, les commencements et les moments où nous devons interpréter ce qui est en train de se passer.
Et lorsque nous manquons d’informations, une autre difficulté apparaît.
Notre esprit ne laisse pas nécessairement les espaces vides.
Il peut commencer à les remplir.
Nous interprétons un silence.
Nous attribuons une intention.
Nous imaginons ce que l’autre ressent.
Et parfois, nous commençons même à construire une personne qui n’existe encore qu’en partie dans ce que nous savons réellement d’elle.
Dans le prochain article
Peut-on tomber amoureux d’une personne que l’on a en partie imaginée ?
Dans le troisième article de cette série, nous examinerons comment nous construisons une image de l’autre à partir d’informations limitées — et pourquoi les espaces laissés par la rencontre numérique peuvent devenir un terrain particulièrement fertile pour la projection.
📚 Sources et ressources
Charles S. Carver & Michael F. Scheier (1990) — Origins and Functions of Positive and Negative Affect: A Control-Process View, Psychological Review.
Lars Teichmann et al. (2026) — How the timing of texting triggers romantic interest after the first date: A curvilinear U-shaped effect and its underlying mechanisms, Journal of Social and Personal Relationships.
Editorial Note
Édité par Felix Schürholz
Les articles publiés dans Avant la rencontre sont fondés sur des recherches scientifiques, une réflexion personnelle et une rédaction éditoriale réalisée par Felix Schürholz avec l’aide d’outils d’intelligence artificielle lorsque ceux-ci permettent d’améliorer la qualité de la recherche, de la structure ou de la formulation.
Les idées, le choix des sources et l’orientation éditoriale reflètent la philosophie de Rencontres Sur Place.
Avant la rencontre
Avant la rencontre est une collection d’essais consacrée à ce qui précède les grandes rencontres de la vie.
Nous y explorons les recherches scientifiques, les expériences humaines et les idées qui invitent à une préparation plus consciente, plus libre et plus authentique.
La rubrique Actualités & Tendances examine plus particulièrement les évolutions contemporaines de la rencontre : applications, nouveaux comportements, technologies et transformations de nos façons d’entrer en relation.
Parce que certaines rencontres commencent bien avant le premier regard.
2 réflexions au sujet de “Pourquoi les rencontres en ligne peuvent-elles devenir si frustrantes ?”
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